Les courses alimentaires en titres-restaurant sans limite
Le texte débattu à partir du 12 octobre opposerait restaurateurs et grande distribution, avec en jeu la dématérialisation, le dimanche et le click-and-collect.
En bref
- Une dérogation reconduite chaque année deviendrait un droit durable pour les achats alimentaires.
- L’employeur finance entre 50 % et 60 % du titre en 2026.
- Un double plafond, rejeté en commission, pourrait revenir dans les débats.
Pour un salarié, la réforme en discussion garantirait surtout une chose : pouvoir continuer à régler ses courses alimentaires avec ses titres-restaurant, sans dépendre d’une dérogation renouvelée d’année en année. C’est l’objet de la proposition de loi examinée, selon Franceinfo, dans l’Hémicycle à partir du lundi 12 octobre.
Ce que prévoit le texte pour les salariés
Le projet oppose restaurateurs et grande distribution. Au-delà de la pérennisation, il organise la dématérialisation complète des titres et leur utilisation le dimanche. Leur extension au drive et au click-and-collect pourrait aussi être décidée. Certains députés y voient en outre l’occasion de rebaptiser le ticket-restaurant en ticket-repas.
Côté restauration, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie se dit inquiète : elle juge que cette loi fragiliserait le secteur.
Un dispositif né en 1957 et élargi depuis 2022
Le principe n’a pas varié depuis l’origine : l’employeur prend en charge une partie du repas de son salarié. Seuls le nom et les usages ont évolué. Créé en 1957 sous l’appellation de bon-repas, le dispositif est devenu ticket-restaurant, puis chèque-déjeuner, enfin titre-restaurant. Il constitue un avantage pour les deux parties.

| Période | Usage des titres |
|---|---|
| Avant 2022 | Restaurant, ou produits directement consommables : sandwichs, salades, plats cuisinés |
| Depuis 2022 | Autres denrées alimentaires, par exemple pâtes et riz, avec un plafond quotidien augmenté |
Après la crise du Covid et sous l’effet de l’inflation, le gouvernement a décidé d’ouvrir ainsi l’usage du titre et de relever ce plafond quotidien.
Ce qu’en disent deux salariées
Marion, salariée et mère de deux enfants, réserve ses tickets aux courses : coquillettes, œufs, pain de mie. Elle juge cet appoint très important pour son budget. « Tous mes collègues les utilisent pour leurs courses du quotidien, très peu pour aller au restaurant », affirme-t-elle. Elle prépare aussi son repas de midi chez elle et l’emporte au travail.
Élise, elle, choisit sa salade du jour en rayon. Elle se rend rarement dans de vrais restaurants, car un repas y coûte plus cher que la valeur reçue par journée. Elle dépense ses titres surtout en boulangerie ou dans de petits restaurants proposant de l’emporté, puis mange au travail. Pour elle, le ticket-restaurant s’apparente à un complément de salaire qu’elle veut utiliser librement. Ces deux témoignages relèvent de pratiques individuelles.
Ni l’une ni l’autre ne pense qu’un plafond de 25 euros au restaurant modifierait ses habitudes. Marion explique que 25 euros correspondent au prix d’un repas, alors qu’elle se rend au restaurant à quatre.
Le double plafond, point de friction
- Certains députés défendent deux seuils : 10 ou 15 euros de titres utilisables en supermarché, contre 25 euros au restaurant, afin de rapprocher les salariés des restaurateurs.
- Rejetée en commission, cette mesure pourrait réapparaître dans les débats.
- Judith Jiguet, déléguée générale de la Fédération du Commerce et de la Distribution, déclare : « Cette histoire de double plafond, c’est extrêmement choquant ».
Elle ajoute : « C’est le salarié qui en paye la moitié ! C’est à lui de décider comment il l’utilise. » Le sort final du texte et celui du double plafond ne sont pas encore connus.
Photo : Anna Shvets / Pexels
