Moody’s garde la France à Aa3, mais la perspective reste négative
Contre les pronostics, l’agence n’a pas dégradé la dette française vendredi 23 octobre, mais elle surveille de près le budget 2027 et le climat social.
En bref
- Moody’s n’a pris aucune action de notation sur la France vendredi 23 octobre : la note reste Aa3, perspective négative.
- Le taux des OAT à 10 ans a franchi 5 % mercredi, un niveau inédit depuis 2002.
- La charge de la dette atteindra 79 milliards d’euros cette année, selon Bercy.
- Le budget 2027 est en cours d’examen au Parlement.
La France conserve la note Aa3 chez Moody’s. Vendredi 23 octobre, l’agence s’est abstenue de toute action de notation, alors qu’une dégradation était attendue, selon Franceinfo. La perspective reste négative, ce qui laisse la porte ouverte à un abaissement ultérieur.
Une dégradation évitée, un écart conservé
Une baisse de la note aurait aligné Moody’s sur ses deux concurrentes. Avant la décision, S&P et Fitch classaient la France à A+ avec une perspective stable, soit un cran en dessous. Dans les jours précédents, l’économiste Éric Dor, de l’Ieseg, jugeait « une dégradation de la note de la France par Moody’s (d’un cran) à A1 est très plausible ». Elle ne s’est pas produite.
Moody’s précise que sa note Aa3 part de l’hypothèse qu’un budget 2027 réduisant le déficit sera adopté, et que les coûts de financement comme les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a salué une décision qui « déjoue les pronostics déclinistes ». Il ajoute : « Ce signal montre à nos prêteurs qu’il existe un chemin. » Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, y voit « la reconnaissance de la solidité de notre économie et de la crédibilité du budget présenté par le gouvernement ».
Pourquoi la perspective reste négative
Selon le Journal du Net, la perspective négative tient notamment au risque que le Parlement ne parvienne pas à redresser les finances publiques, ou que les réformes structurelles antérieures, en particulier sur les retraites, soient mises en pause, voire inversées. Le message vise les parlementaires qui examinent le projet de budget pour 2027, dont l’adoption avant fin décembre est jugée très incertaine.

Moody’s relève aussi que de larges mouvements de protestation sociale ont éclaté, ce qui pourrait limiter les efforts de consolidation budgétaire. L’agence suppose qu’un budget sera finalement adopté, possiblement par ordonnances.
Le financement de l’État sous tension
Depuis l’été, le taux des obligations assimilables du Trésor à 10 ans progresse. L’écart avec le taux allemand est, de son côté, au plus haut depuis 2011, année de crise financière européenne.
Déficit, croissance, dette : les trajectoires
| Indicateur | Repère |
|---|---|
| Déficit public cette année | 5,4 % du PIB visé par le gouvernement (5,1 % l’an dernier) |
| Déficit en 2027 | 5,2 % selon Moody’s, 5 % visé par le gouvernement |
| Croissance du PIB cette année | 0,5 %, deux fois moins que prévu, après un ralentissement lié à la guerre au Moyen-Orient |
| Dette publique l’an prochain | 121,7 % du PIB attendus |
Moody’s estime en outre que le poids de la dette continuera d’augmenter jusqu’à la fin de la décennie. L’agence anticipe que le prochain président de la République et le prochain gouvernement tenteront de redresser les comptes, mais qu’ils auraient peu de chances d’y parvenir rapidement, face aux tensions sociales, à un environnement politique fragmenté et à une croissance modérée.
Pour le détail des mesures déjà débattues, notamment sur les pensions, l’article sur l’abattement fiscal des pensions dans le budget 2027 complète le tableau.
Photo : Sricharan Boddupalli / Pexels
